Liberté d'Expression

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Mercredi 30 janvier 2008

Requinqués pour Noël, ça veut bien dire ce que ça veut dire !

Noël passe, et comme prévu il avait le lendemain, 26 décembre, un rendez vous pour sa nouvelle chimio. Suite aux résultats de début décembre un changement de traitement s’imposait. Ma belle mère devait accompagner son mari, malheureusement elle travaillait, je proposais donc mon aide en toute logique étant la seule disponible. Mais au final c’est l’Intello (à qui d’ailleurs c’était plus la place que moi) qui l’a conduis à son rendez vous. Comble de l’incompréhension habituelle avec ma belle mère, nous (l’intello, Chéri et moi) que mon beau père allait faire sa chimio nouvelle formule et non que c’était un rendez vous avec le médecin pour faire le point sur l’ancienne et la nouvelle chimio.
Au retour du rendez vous, l’Intello récupérait son frère à son boulot et moi j’étais en train de faire des courses avec Prof (le chéri de l’Intello). Donc quand nous sommes arrivés, Prof et moi à la maison, ils étaient là tous les deux assis à table. Nous avons posé nos affaires et vu leurs têtes nous nous sommes assis. Le couperet venait de tomber. L’oncologue confirmait qu’il serait impossible de soigner mon beau père, leur père. Que la chimio depuis le début, le mois de septembre n’était que palliative comme tous les soins qu’il a reçu. L’inévitable était là, là tout proche d’ici trois petits mois au mieux, son état ne cesserait de s’empirer d’ici là. Il nous prévenait que la douleur deviendrait insoutenable d’ici 1 à 2 semaine. Que la nouvelle chimio serait là pour palier à cette douleur comme la radiothérapie nouvellement mise en place pour janvier.
Tout ça fut dit par le médecin à l’Intello hors de la présence de son père, l’oncologue se refusant à dire quoique se soit à son patient, car le patient lui-même refusait de savoir, et il respectait ce choix. Il expliqua aussi que ma belle mère non contente d’être au courant du décès à venir de son mari, depuis le début était complice dans le fait de ne rien lui dire !
‘Mais pourquoi ne nous avoir rien dit à nous ?’ se demandait en vain les deux frères. J’ai pris la défense de ma belle mère (comme souvent ces derniers temps, malgré qu’en face d’elle je ne sois pas tendre, afin de lui mettre les idées en place) expliquant que si elle n’avait rien dit c’est qu’elle n’avait rien entendu, qu’elle ne voulait et ne pouvait pas accepter que son conjoint décède.
Nous avons pleuré, Chéri n’a pas pu, rien de lui n’est sorti.
Noël s'est passé. Ma belle mère nous a invité le 27 au soir pour fêter Noël. Nous y sommes allés, tous les 4 l’Intello, Prof (son chéri), Mon Chéri et moi. On a fait un semblant de fêtes de famille. L’intello a tenu à parler franchement à sa mère et à lui annoncer la fin inéluctable, rapportant les propos tenus par l’oncologue elle a pleuré, nous avons pleuré (tout ça hors de la vue de mon beau père, bien entendu), Chéri lui n’a pas fait couler une seule larme !
Nous avons pris des décisions, discuter dans tous les sens, des choses à faire le plus tôt possible. Nous devions organiser les mois à venir mais surtout le décès, l’après décès, du coup pour exorciser la souffrance nous avons parler de l’argent, de la maison en construction, des droits de succession, d’un notaire, de la banque, des funérailles.
J’emmènerai donc ma belle mère quand elle le souhaiterait à la banque afin qu’elle change certains comptes de noms, pour pouvoir avoir accès à l’argent en cas de problème. Je devais prendre aussi rendez vous avec mon notaire, pour s’informer sur la succession et ses modalités. Rendez vous auxquels j’emmènerai aussi ma belle mère.
Tout cela décidé, nous continuions la fête, comme si de rien n’était !
Le 2 janvier, un autre coup de fil de ma belle mère affolé nous appris que mon beau père qui avait rendez vous pour sa chimio se retrouvait alors hospitalisé, contre son gré car son état de santé le nécessitait. Elle est venue me cherche et nous sommes allés ensemble et le plus rapidement possible à son chevet, il pleurait sur le message laissé sur le répondeur. L’oncologue avait décidé de son hospitalisation à cause de malaise qu’il faisait. En effet il n’avait pas l’air au mieux de sa forme. Et la question tomba : ‘Voyez-vous régulièrement votre médecin généraliste afin d’adapter les traitements et de faciliter votre vie ?’ L’oncologue avait visé juste, car la réponse fut une fois par mois ! Je l’ai vu ouvrir des grands yeux mais moi aussi j’ouvrais des grands yeux, une fois par mois pour quelqu’un en fin de vie c’est trop peu, l’oncologue demanda 2 visites par semaines minimum ou alors il devrait avoir recours à l’hospitalisation toutes les 2 semaines.
A la suite de cette conversation, je tapais du poing sur la table auprès de ma belle mère lui imposant de faire telle et telle chose. Nous connaissions l’incompétence du médecin traitant (qui jusqu’au bout nous la prouva), mais le changement de médecin ne pu pas se faire, ma belle mère téléphonant au médecin pour lui annoncer les 2 visites par semaines et celui-ci approuva sans sourciller en ajoutant qu’il voulait suivre son patient jusqu’au bout !
Une autre chose fut faite pour essayer de lui arranger la vie, la mise en place d’une cellule de soin palliatif, je m’explique. C’est une association de médecin d’infirmière, qui vient en supplément du reste, elle veille au bien être du patient et facilite les démarches administratives, donne des conseils médicaux pour aider le patient, propose un soutien psychologique au patient mais aussi à la famille. Je suis allée au premier rendez vous qui eut lieu entre mes beaux parents, le médecin traitant, les infirmières (qui lui posait se perf de nourriture tous les jours) et cette asso.
Le médecin de l’asso me fut une très bonne impression, je ne peux pas en dire autant du généraliste, qui en dessous de tout ne se souvenait pas de l’évolution de la maladie ni des examens qu’il avait prescrits en juin ou en septembre. La plupart du temps, c’est moi qui prenait la parole pour l’historique de cette maladie sur les derniers mois. Là a commencé la véritable comédie de mon beau père, je sais as si vous connaissez ça, ce malade qui sait qu’il va mourir, qui connaît la gravité de son état mais qui dit ‘c’est sûr qu’il faut m’aider, car je dois être sur pied dans 6 mois pour faire les travaux de ma nouvelle maison’. C’est normal, nous aussi en face nous jouions cette comédie, à savoir sans rien dire, c’est une manière de moins souffrir…
Comme d’habitude, après un rendez vous et ou visite chez mes beaux parents, je téléphone à l’Intello afin de lui donner des nouvelles. Je lui explique tout de A jusqu’à Z. Je finis par lui proposer de rencontrer le médecin de l’asso, car il connaît ce genre de cas et peut nous être utile pour comprendre ce qui se passe, pour enfin faire entendre ce que nous pensons, comme par exemple le simple fait que nous désirons que mon beau père ne s’inflige plus d’avaler des médicaments alors qu’il n’arrive plus à manger et que nous pourrions profiter de l’alimentation qui lui est posé la nuit pour lui passer ses médicaments en perf et bien d’autres choses pour améliorer son confort.
Le rendez vous fut pris le vendredi suivant, le 11 janvier au soir à l’arrivée de l’Intello. Nous y sommes allés tous les trois, ce fut difficile nous avons entendu des évidences, mais nos espoirs si douloureux s’envolèrent, il le fallait, il nous a préparé à la suite avec douceur. Nous avons entendu la souffrance à venir, la difficulté à accepter, qu’un mieux dans sa santé ne rimerait jamais avec guérison et qu’elle serait impossible… C’était dur, mais c’est toujours aussi dur à écrire. J’étais chamboulé en sortant, nous l’étions tous.
Ce week end là, nous l’avons passé tous les 3, chez mes beaux parents. Nous avons pris des photos, sans savoir que se serait le dernier où nous serions tous réunis…

Le week end suivant, bien sûr que nous y sommes allés les voir mais l’Intello n’avait pas pu descendre. Nous avons été choqué une fois de plus par la maigreur de mon beau père, au final il est passé de 62 kg à 48 kg, c’était impressionnant. Il conduisait toujours, malgré notre peur. Il tenait pas très bien sur ses jambes, mais il ne changeait que peu ses habitudes.
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Par Laura - Publié dans : La "Belle" Famille - Communauté : Raconte moi... ton boulet...
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